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CDD et intérimaires : quelles obligations SST pour l'employeur ?

  • Photo du rédacteur: Les Secouristes
    Les Secouristes
  • 10 août
  • 7 min de lecture

Un intérimaire qui prend son poste lundi matin dans un atelier de production. Un CDD embauché pour renforcer les équipes en été. Une stagiaire affectée à un poste de manutention. Ces profils représentent une part croissante des effectifs dans de nombreux secteurs, et pourtant, leurs droits en matière de sécurité au travail, ainsi que les obligations de l'employeur à leur égard, sont souvent méconnus. Voici ce que disent exactement les textes, et comment ça s'articule avec l'obligation SST.


Ce que dit le Code du travail : les travailleurs précaires sont les plus protégés

Ce n'est pas intuitif, mais c'est la réalité juridique : les salariés en CDD, les intérimaires et les stagiaires bénéficient d'une protection spécifique renforcée en matière de sécurité au travail, précisément parce qu'ils sont statistiquement plus exposés aux accidents du travail que les CDI.

Les travailleurs précaires (CDD, intérimaires, stagiaires) sont statistiquement 2 à 3 fois plus exposés aux accidents du travail graves que les CDI selon l'INRS : moindre connaissance des lieux, moindre formation au poste, pression à la productivité, turnover. Le législateur a donc bâti un dispositif spécifique pour ces profils, articulé autour de deux articles clés du Code du travail.


Article L4141-2 : la formation à la sécurité due à tous les travailleurs, y compris les intérimaires

Le premier texte de référence est l'article L4141-2 du Code du travail, confirmé par Légifrance :

L'employeur organise une formation pratique et appropriée à la sécurité au bénéfice :

1° Des travailleurs qu'il embauche ;

2° Des travailleurs qui changent de poste de travail ou de technique ;

3° Des salariés temporaires, à l'exception de ceux auxquels il est fait appel en vue de l'exécution de travaux urgents nécessités par des mesures de sécurité et déjà dotés de la qualification nécessaire à cette intervention ;

4° À la demande du médecin du travail, des travailleurs qui reprennent leur activité après un arrêt de travail d'une durée d'au moins vingt et un jours.


Traduction concrète : dès qu'un intérimaire ou un CDD prend son poste, l'employeur a l'obligation de lui dispenser une formation pratique à la sécurité. Cette obligation souffre d'une seule exception étroitement définie : les travaux urgents liés à des mesures de sécurité, pour lesquels l'intérimaire dispose déjà de la qualification nécessaire. En dehors de ce cas très précis, aucun raccourci n'est possible.

Le financement des actions de formation à la sécurité est à la charge de l'employeur. Ce n'est pas à l'intérimaire ou à l'agence de travail temporaire de financer cette formation, c'est l'entreprise utilisatrice qui en a la charge.


Article L4154-2 : une protection renforcée pour les postes à risques particuliers

C'est le deuxième texte, et le plus contraignant. Il s'applique dès lors que le CDD, l'intérimaire ou le stagiaire est affecté à un poste présentant des risques particuliers.


L'article L4154-2 du Code du travail, dans sa version Légifrance, est explicite :

Les salariés titulaires d'un contrat de travail à durée déterminée, les salariés temporaires et les stagiaires en entreprise affectés à des postes de travail présentant des risques particuliers pour leur santé ou leur sécurité bénéficient d'une formation renforcée à la sécurité ainsi que d'un accueil et d'une information adaptés dans l'entreprise dans laquelle ils sont employés. La liste de ces postes de travail est établie par l'employeur, après avis du médecin du travail et du comité social et économique, s'il existe.

Deux obligations découlent de ce texte pour l'employeur :


La première est d'établir une liste des postes à risques particuliers, après avis du médecin du travail et du CSE. Cette liste doit être tenue à disposition de l'inspection du travail à tout moment. Les postes concernés comprennent notamment les travaux dangereux nécessitant une certaine qualification : machines dangereuses, conduite d'engins, travaux de maintenance.


La seconde est de dispenser une formation renforcée à la sécurité à tout CDD, intérimaire ou stagiaire affecté à l'un de ces postes, même partiellement, même temporairement.


La conséquence juridique la plus méconnue : la présomption de faute inexcusable

C'est le point qui change tout et que de nombreux employeurs ignorent jusqu'au moment où ça se retourne contre eux.

L'absence de formation renforcée emporte la présomption de faute inexcusable de l'entreprise utilisatrice pour tout accident de travail d'un intérimaire concerné par un risque particulier.

La DREETS Grand-Est précise ce que cela signifie concrètement : en cas d'accident d'un salarié en CDD ou d'un stagiaire concerné par un risque particulier, la présomption de faute inexcusable est établie si la formation renforcée n'a pas eu lieu.

En droit, la présomption signifie que l'employeur est réputé fautif sans avoir à le prouver, c'est à lui de démontrer qu'il a bien respecté ses obligations pour s'exonérer. Sans preuve de formation, la faute inexcusable est acquise.

Les sanctions prévues par l'article L4741-1 du Code du travail en cas de non-respect de ces obligations : une amende de 10 000 € appliquée autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés, portée à 30 000 € et un an d'emprisonnement en cas de récidive.


Article L4154-1 : l'interdiction absolue sur certains travaux

Un troisième texte complète le dispositif et fixe des limites encore plus dures. L'article L4154-1 du Code du travail interdit purement et simplement l'emploi de CDD et d'intérimaires pour l'exécution de travaux particulièrement dangereux figurant sur une liste réglementaire.

La liste fixée par l'article D4154-1 vise notamment : l'amiante (toutes interventions), le plomb, les agents CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques), le travail hyperbare.


Des dérogations existent, mais leur mise en œuvre conditionne nécessairement la formation sécurité renforcée de l'article L4154-2. L'employeur ne peut pas simplement demander une dérogation pour s'affranchir de la formation, les deux sont liées.


Et le SST dans tout ça ? L'articulation avec l'article R4224-15

L'article R4224-15 du Code du travail impose la présence d'un salarié formé au secourisme dans chaque atelier où sont réalisés des travaux dangereux. Cette obligation est indépendante du type de contrat des salariés qui travaillent dans cet atelier.

Trois situations concrètes méritent d'être distinguées :


Situation 1 — L'atelier emploie des CDI et des CDD/intérimaires

L'obligation R4224-15 s'applique en tout état de cause. Un SST doit être présent dans l'atelier. Ce SST peut être un CDI. Les CDD et intérimaires bénéficient de la présence de ce SST, mais ne sont pas eux-mêmes tenus d'être SST, sauf si l'employeur le décide dans le cadre de la formation renforcée L4154-2.


Situation 2 — L'atelier est composé uniquement de CDD ou d'intérimaires

L'obligation R4224-15 s'applique de la même façon. Il doit y avoir au moins un SST dans l'atelier. Si tous les salariés sont en contrats courts, l'employeur doit s'assurer qu'au moins l'un d'eux est SST ou qu'un SST d'une autre équipe peut intervenir.


Situation 3 — Un CDD ou intérimaire possède déjà un certificat SST obtenu chez un précédent employeur

Le certificat SST est personnel et suit le salarié, il n'est pas attaché à l'entreprise qui l'a financé. Un intérimaire dont le certificat SST est en cours de validité (24 mois) peut légitimement tenir le rôle de SST dans l'entreprise utilisatrice. Cependant, un employeur ne devrait pas construire son dispositif SST en comptant uniquement sur des salariés en contrats courts, dont le départ peut survenir à tout moment.


Ce que ça implique concrètement pour votre organisation


Vérifier le statut de chaque poste : la liste des postes à risques particuliers au sens de L4154-2 doit être établie et tenue à jour. Si ce n'est pas encore fait, c'est la première étape — elle conditionne toutes les obligations qui suivent.


Prévoir la formation à l'accueil : pour chaque CDD ou intérimaire affecté à un poste à risques, une formation pratique à la sécurité doit être organisée avant la prise de poste effective, ou dès le premier jour. Pas après la semaine d'essai, dès le premier jour.


Documenter systématiquement : feuilles d'émargement, contenu de la formation, date, nom du formateur. La traçabilité est obligatoire : feuilles d'émargement, attestations, certificats de réalisation. En cas de contrôle ou d'accident, c'est cette documentation qui prouve la conformité.


Ne pas dépendre uniquement d'intérimaires SST pour satisfaire à R4224-15 : la couverture SST d'un atelier doit être assurée en permanence, quels que soient les mouvements de personnel. Un dispositif qui repose sur des SST en contrats courts est fragile et expose l'employeur à des ruptures de couverture.


Questions fréquentes sur CDD, intérimaires et formation SST


L'employeur doit-il former les intérimaires à la sécurité ?

Oui. L'article L4141-2 du Code du travail impose une formation pratique à la sécurité pour les salariés temporaires, sauf dans le cas très précis de travaux urgents liés à des mesures de sécurité pour lesquels l'intérimaire possède déjà la qualification requise.


Qui finance la formation à la sécurité d'un intérimaire ?

C'est à la charge de l'entreprise utilisatrice, conformément à l'article L4141-2. Ce n'est pas l'agence de travail temporaire ni l'intérimaire qui doit financer cette formation.


Que risque un employeur qui ne forme pas un CDD affecté à un poste à risques ?

En cas d'accident, l'article L4154-2 établit une présomption de faute inexcusable à l'encontre de l'employeur. Les sanctions prévues par l'article L4741-1 peuvent atteindre 10 000 € par salarié concerné, portées à 30 000 € avec un an d'emprisonnement en cas de récidive.


Un CDD ou intérimaire peut-il être le SST référent d'un atelier ?

Oui techniquement, le certificat SST est personnel et suit le salarié, quel que soit son contrat. Mais il est déconseillé de construire l'intégralité du dispositif SST d'un atelier sur des salariés en contrats courts, dont le départ peut créer une rupture de couverture à tout moment.


Un intérimaire qui a son SST d'une mission précédente peut-il exercer ce rôle dans la nouvelle entreprise ?

Oui, si son certificat est en cours de validité (moins de 24 mois). Le certificat SST n'est pas attaché à l'entreprise qui l'a financé, il est personnel. L'entreprise utilisatrice doit simplement s'assurer de la validité de l'attestation avant de compter sur ce salarié pour la couverture SST.


Peut-on affecter un CDD ou un intérimaire à un poste impliquant de l'amiante ou du plomb ?

Non, en principe. L'article L4154-1 interdit l'emploi de CDD et d'intérimaires sur les travaux particulièrement dangereux figurant sur la liste de l'article D4154-1 (amiante, plomb, CMR, hyperbare). Des dérogations existent mais sont soumises à conditions strictes incluant une formation renforcée.



CDD intérimaire formation SST – obligations employeur Code du travail L4141-2 L4154-2
CDD intérimaire formation SST – obligations employeur Code du travail L4141-2 L4154-2

 
 
 

1 commentaire


Reyna
13 août

L'article est rédigé avec compétence et offre des informations fiables. Le contenu est bien contextualisé et facile à relier à la pratique. J'ai relu le texte une deuxième fois pour mieux assimiler les informations. C'est une bonne synthèse du sujet traité de manière claire.

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